Inde

Anecdote en Inde (partir seul…)

Nous continuons vers Dharamsala. Je me mets au boulot, Simon et Ketty qui prennent leur temps pour tout rigolent et me traitent de « bloody businessman ». Je n’ai que peu de temps et dois cavaler si je veux mener mon projet à bien. Je rencontre Jamcho-la qui fait partie de la Tibetan Women’s Association. Cette femme énergique m’aiguille vers la sœur du Dalaï lama qui a créé le TCV (village des enfants tibétains). C’est grand et d’une architecture agréable ; des enfants y courent dans tous les sens ; il est facile de repérer les nouveaux arrivants : ils ont l’air moins « civilisé », leur sourire est triste mais surtout on lit la crainte dans leurs yeux. Leurs parents ont pour la plupart été tués par les Chinois. Pour arriver ici, ils ont dû franchir, avec l’aide de passeurs, des sommets à faire pâlir un alpiniste chevronné. Jetsun Pema, la sœur du Dalaï Lama a une personnalité bien trempée, elle m’explique précisément ce que je voulais savoir autour d’une tasse de thé. J’apprends accessoirement qu’elle est le Premier ministre du gouvernement tibétain en exil. Grâce à ses conseils, je trouve ce qu’il me faut : le Tibétain Freedom Office ; on peut y sponsoriser des enfants pour leur permettre d’avoir des vêtements, de la nourriture et surtout accès à l’enseignement. Je peux disposer des adresses personnelles des enfants ce qui me permettra un certain contrôle. J’en prends vingt ; je leur trouverai des parrains et des marraines, moi en premier. Le soir au restaurant, Simon remarque une really beautiful girl. Je regarde discrètement ; c’est le moins qu’on puisse dire, elle est magnifique ! D’ailleurs je ne vois plus qu’elle car en plus d’être belle, elle a une vraie présence. Je ne vais pas laisser passer l’occasion. Simon, engoncé dans son éducation britannique, s’étonne parfois de mes manières décontractées avec les filles.

– Simon, tu vas assister à un truc incroyable : il y a peut-être deux ou trois mecs au monde capable de faire ce que tu vas voir. Je me lève et vais la voir avec mon sourire numéro 4 (le fameux). Deux minutes plus tard elle est à notre table. Elle est née à Bombay d’une famille juive indienne, ses parents ont émigré en Israël alors qu’elle avait deux ans. Après une heure, je laisse Simon et l’emmène finir la soirée au « cinéma ». Nous prenons place sur des bancs de bois face une vieille télé qui passe en vidéo un documentaire de la BBC sur le Tibet avec quelques extraits d’époque réalisés par les Chinois. Une propagande communiste de base où les ouvriers, débordant de joie, travaillent dans de magnifiques usines et où les fermiers, bien habillés, labourent les champs, le visage resplendissant de bonheur. Les fleurs de cerisiers en premier plan et autres clichés faciles qui firent rêver tant d’idéalistes et qui paraissent aujourd’hui si naïfs, maintenant qu’on en sait plus sur les paradis socialistes.

Malheureusement, la belle Sinora part demain vers Manali et nous en trekking. Je lui propose de venir me voir à mon hôtel à Delhi dans une semaine. Ça va être long. Départ à l’aube, je me rends vite compte que mes amis anglais n’ont jamais marché de leur vie ; ils m’avaient prévenu et comptaient sur mon expérience. Après quelques heures, nous arrivons à Triund. L’endroit est magnifique. Nous plantons les tentes sur un sommet herbeux à 3000m entouré de pics enneigés et d’une vallée profonde. J’allume un feu, je n’ai pas eu le temps de m’occuper de la nourriture –absorbé que j’étais à faire le joli cœur- et je sais que ce n’est pas facile d’évaluer les besoins et les quantités. Simon me montre, l’air penaud, les provisions : à part quelques biscuits et du chocolat à l’orange, on n’a pas grand chose à se mettre sous la dent. Enfin, je n’avais qu’à être là. La nuit tombe et avec elle le froid se fait mordant. Malgré nos doudounes nous nous resserrons autour du feu. Devant nous, un spectacle exceptionnel : la magnifique lueur bleutée de la pleine lune baigne les sommets enneigés de l’Himalaya. Simon a mis une cassette de musique classique dans son magnéto, l’ambiance est agréable. Moi, je pense à Sinora. Ketty me dit « Lionel you don’t say anything, are you in love ? »(1)

Bien vu, l’Angliche !

Le matin, nous partons vers un autre sommet. Nous rentrons le soir fatigué mais émerveillé par les paysages traversés. Une famille de paysans vit non loin d’ici, ils nous donnent de l’eau et nous préparent un Dal bath (du riz et des lentilles)

J’aime me retrouver en pleine nature, les variétés d’arbres sont infinies, l’air est pur, il y a d’innombrables oiseaux, des singes, des aigles immenses et… je pense à Sinora. Le lendemain aurait dû être une journée tranquille de trois heures mais nous nous sommes perdus et en avons mis sept en passant par des endroits impossibles pour arriver finalement épuisés à Dharamsala.

Après une douche et un bon repas, nous trinquons à nos adieux. 

(1) Lionel, tu ne dis rien, tu es amoureux ?

 


Anecdote en Inde (se fondre)

A Dharamsala, le chauffeur mettra plus d’une heure avant d’arriver à ouvrir le coffre déglingué et à nous donner nos bagages… après cette nuit passée dans son bus cabossé, on a juste envie d’une douche et de se reposer. Une fois installés, nous buvons un thé et parlons avec le patron de l’hôtel, un Tibétain que nous connaissons bien pour l’avoir rencontré au cours de précédents passages. Il nous dit que le dalaï lama donne une audience aujourd’hui. On prend une douche rapide et on y va. En chemin, on nous recommande d’acheter des Kataks (écharpes en satin ou en soie à offrir en guise de cadeau). Arrivés dans sa grande maison, nous laissons nos noms et numéros de passeport, passons une fouille sévère qui ne nous laisserait pas même un cure dent, abandonnons nos sacs et même nos montres.

Le dalaï lama représente pour moi la bonté ; son visage rayonne de ce petit sourire humble et malicieux qui ne le quitte jamais. Il incarne la lutte non-violente pour le respect des droits de l’homme, pour le droit d’un peuple à vivre libre et en paix ; je le respecte infiniment pour cela. Au niveau religieux, par contre il ne signifie rien pour moi. C’est une autre histoire pour la masse de pèlerins tibétains présents ; ils sont intimidés, apeurés, ébahis ; ils n’en reviennent pas d’être là. Ils vont rencontrer l’incarnation de leur Dieu, l’être qu’ils vénèrent le plus au monde. Je les trouve touchants ; c’est sans doute le moment le plus important de leur vie.

Dans la file je commence à faire l’imbécile avec Sandrine en me moquant de la dégaine de certains (derrière leur dos, car je suis très lâche). Il y a deux Américaines déguisées en Tibétaines avec robe, tablier, chapelet : la panoplie complète, elles avancent mains jointes, le regard lointain. Non loin d’elles, une Française, chapelet et mains jointes également, perdue dans je ne sais quelles pensées mystiques. Il y a vraiment des cas ici ! Partout on retrouve ces attitudes vestimentaires à la Dupont et Dupond en mission secrète cherchant à se fondre dans la population mais tombant systématiquement dans le folklore. Les Américaines sont les championnes ; en Inde, elles portent le sari, au Maroc, le caftan et le foulard sans oublier les dessins au henné sur les mains. Bien sûr, il y a toujours des Européens prompts au carnaval mais ça reste l’apanage des Américains. Je me demande s’il ne s’agit pas d’un complexe dû à la manière dont leur gouvernement s’impose dans le monde. Sandrine et moi leur avons même trouvé un nom à ces Américains de carnaval : les « culture shock » en référence à cette expression qu’ils utilisent à tort et à travers (ils ont même un guide de voyage qui porte ce nom).

Comme tout le monde, nous tenons notre Katak à la main pour l’offrir mais un garde nous intime l’ordre de nous le mettre autour du cou et de ne plus l’enlever.

– Eh, regarde celui avec sa peau de mouton, il est pas beau, lui, franchement? C’est le carnaval de Rio ! Attend, attend, je ne l’avais pas vu celui-là derr…

– Attention, Monsieur le malin, ça va être à toi ! m’interrompt Sandrine en riant.

Je me retourne, tends machinalement la main… à l’un des moines qui se tient à côté du dalaï lama. Je le regarde et me dis « merde, c’est pas lui » je pivote légèrement ma main, le dalaï lama la prend dans la sienne et me sourit. Je me sens stupide, je lui rends un sourire qui me semble niais puis c’est au tour du suivant de lui serrer la main, je ne l’ai vu que dix secondes (et encore, je me vante), je savais que ça allait vite mais quand même. En plus je me retrouve comme un idiot avec mon Katak. On m’avait parlé de sa poignée de main ferme et de son regard direct, de l’aura qu’il dégage. Je n’ai rien senti de tout ça, il m’a fait un sourire chaleureux mais bon il salue quand même deux cent cinquante inconnus sur une matinée ! Beaucoup de Tibétains sortent en pleurs, les Américaines ont reçu la lumière.

 


Anecdote au Rajastan (s’adapter)

Satish est un petit garçon vif avec un œil blanc, c’est le fils aîné d’une famille que je connaissais de mon précédent voyage, il doit avoir douze ans. Je le croise au détour d’une ruelle, il me reconnaît tout de suite, me prend la main et nous entraîne chez lui en riant. Il parle bien l’anglais et se fait l’interprète auprès de sa famille ; ils sont heureux de me revoir. On nous offre le tchaï. Ils s’extasient devant les photos que j’ai prises d’eux la dernière fois et les cadeaux que je leur ai apportés. Les femmes et les filles se partagent le maquillage et les échantillons de parfum, les enfants se répartissent les marqueurs et les petites voitures. Le soir on est invité pour le curry.

Dans la ruelle sur le chemin de l’hôtel, je passe à côté d’une vache qui m’envoie un méchant coup de corne dans la hanche ; sans réfléchir ma jambe part et je lui envoie un grand coup de tibia dans le cou, à la thaïlandaise ! Elle meugle et s’enfuit, « ce n’était peut-être pas la chose la plus intelligente à faire ici » me dis-je. Je lève les yeux et vois les Indiens hilares, l’un d’entre eux me félicite du pouce. Ils ne les tuent pas mais ne se gênent pas pour leur mettre un coup si elles mangent leur étal au marché ou si elles les embêtent. En Inde, les vaches sont souvent mieux traitées que bien des hommes, chacun les soigne et les nourrit ; il existe même des hospices pour vaches âgées. Quand les ancêtres des Indiens sont arrivés en Inde, leurs troupeaux étaient leur unique ressource aussi était-il interdit de tuer ce précieux animal, par prudence et peut-être aussi pour le symbole de douceur maternelle et de générosité qu’il représente.

 


Anecdote au Nord de l’Inde (se fondre)

Manali enfin. J’ai cru que nous n’arriverions jamais. Nous nous rendons directement aux sources d’eau chaude. Nos corps fatigués se détendent et nous savourons le fait d’être toujours en vie après ce périple. Reposés, nous montons à Vashish, un peu plus haut dans la montagne, c’est un petit village avec de jolis temples, c’est aussi un sanctuaire hippie. Dès notre arrivée, un Indien nous invite à fumer le shilom, nous pénétrons dans une pièce sombre où cinq types, les yeux injectés de sang, se le passent, accroupis sur une natte crasseuse. Nous n’avons pas envie de fumer avec eux mais je leur achète une tola(1) de charras, nous fonçons ensuite au mountain view, manger des momos(2). Le restau est plein de hippies, je suis habillé comme d’habitude d’un jeans et d’un pull ; c’est une tenue simple avec laquelle je suis à l’aise partout et avec toutes les couches sociales. Ils sont gentils, les baba cool mais je n’ai plus grand chose à partager avec eux ; ils mènent la vie du hippie de base en traînant leur sac d’hôtel miteux en hôtel miteux, en quête d’une combine pour payer encore moins cher ou pas ce qui coûte déjà une misère, passent la journée à fumer des joints. Certains cherchent leur voie… Rien de bien exaltant. Ils végètent plusieurs mois avant de descendre, à la saison sèche, faire la même chose à Goa. Certains aiment à dire qu’ils ont « fait » l’Inde et expliquent combien en Europe nous sommes ignorants des vraies valeurs, mentionnant les Dieux et la mystique hindoue au passage. A la fin du repas, je sors mon couteau et épluche une pomme. Un grand maigre, blanc comme un bidet et vêtu d’une tunique indienne me dit « soutche a bigueu naïfe in soutche a picefoul countri ». Je lui dis de ne pas se fatiguer, qu’il peut me parler français. « T’as pas un shilom, j’ai cassé le mien » s’enquiert-il en jouant machinalement avec ses dread locks. Je lui propose un morceau de charras, il se roule un joint.

– Ca fait combien de temps que vous êtes en vacances ici ? me demande-t-il sur un ton paternaliste

Du coin de l’œil, je vois Sandrine lever les yeux au ciel.

– Ça fait plus de neuf ans que je voyage, ça doit être mon dixième ou douzième passage en Inde et toi ?

– Euh… ben moi ça fait un mois, c’est ma première fois.

Ça lui fait tout drôle. Pour lui, voyager implique de s’habiller comme un hippie, fumer toute la journée et parler de Dieux hindous. Chacun son truc. Ce qui m’amuse c’est de voir comment les Indiens considèrent les hippies : combien de fois les ai-je vus rire au passage d’un baba cool avec sa chemise à fleurs, ses bijoux et ses cheveux longs « comme ceux des femmes » ; ils sont justes des Occidentaux bizarres faisant des trucs d’Occidentaux bizarres.

Un sâdhu descend en trottinant de la montagne. Il est suivi d’une fille vêtue d’un bout de tissu sale et troué autour de la taille, ses petits seins ballottent dans l’air froid, elle est maigre et crasseuse, ses cheveux sont coupés au couteau. Elle suit son gourou les yeux vides, le sourire béat. Mon nouveau copain -qui a repris de sa superbe- me dit qu’elle est là depuis longtemps, elle a tout abandonné pour partir avec son gourou. « Elle a tout compris, il y a un nœud énergétique incroyable, ici » ajoute-t-il.

– Pourquoi tu n’y vas pas toi ?

– Heu… je ne suis pas encore prêt dans ma tête.

(1) Unité de poids en Inde
(2) Sorte de raviolis tibétains

 


Anecdote a Delhi (se fondre)

Un train nous emmène de Calcutta à Delhi. A la gare, nous évitons une arnaque sur les hôtels que je ne connaissais pas encore mais que je repère tout de suite. J’étais impatient de revoir cette ville où j’ai vécu pas mal de choses il y a quelques années. Je retrouve des gens que je connais. Je suis surpris que personne ne nous colle aux basques, j’étais sûr qu’ils allaient tourner autour de Sandrine et nous harcèleraient pour nous vendre n’importe quoi, mais non.

Je suis étonné ; les choses changent et évoluent mais en général pas dans ce sens. En y réfléchissant, je pense que c’est moi qui ai évolué : ayant acquis une certaine expérience, j’ai moins besoin d’être sur mes gardes, sur la défensive ; je prends moins des attitudes de conquérant. Ces comportements étaient destinés à me protéger contre les innombrables arnaques qui jalonnent le parcours d’un voyageur. Libéré de ces tracasseries, je suis plus décontracté, plus réceptif.

L’Inde par contre n’a pas beaucoup changé, si ce n’est que je remarque plus d’Indiennes vêtues à l’occidentale. L’économie s’est ouverte à l’importation, les magasins vendent maintenant des produits de chez nous et il n’y a plus de marché noir. Les villes me semblent encore plus peuplées.

 


Anecdote inédite à Calcutta (Donner et recevoir)

Il y a quelques années, j’attendais un mandat postal à Bangkok ; j’étais sûr qu’il arriverait et j’avais dépensé ce qui me restait la veille pour fêter mon départ. Le mandat n’arrive pas et je n’ai plus un sous. A l’aéroport, j’arrive à négocier et parviens à m’envoler pour Calcutta sans payer mes taxes d’aéroport. Il me reste à passer trois jours dans cette ville avant mon retour à Bruxelles. Je mange beaucoup dans l’avion car il ne me reste que quelques dollars. A l’aéroport de Calcutta, j’arrive à convaincre un gars sympa de m’amener avec sa moto au centre ville. A Sudder street, le quartier des routards, je m’installe dans une chambre miteuse âprement négociée. Seul un charpoy(*) meuble cette pièce moite de cinq mètres carré aux murs moisis d’humidité. Une ampoule nue me procure la lumière que ne me donne pas la petite lucarne qui par contre laisse généreusement passer les bruits de la rue. Le lendemain, je traîne sans but dans les rues moites de la ville. Un miséreux, comme il y en a des milliers ici, tente de m’expliquer avec trois mots d’anglais qu’il a quitté son village ravagé par la mousson pour trouver du travail à Calcutta. Sa femme et ses enfants y sont toujours. Il ne trouve rien dans cette mégalopole et crève de faim pire que dans son village. Il lui faudrait six dollars… Il est blessé à la jambe, ses mains calleuses sont tendues vers moi, son visage marqué n’est que supplique, il est désespéré, à bout. Je lui dis que je n’ai plus d’argent et vois une ombre passer dans ses yeux : il ne me croit pas… comment le pourrait-il ? Je suis occidental, j’ai déboursé plus, en une fois, pour mon billet d’avion que lui pendant toute sa vie pour sa maison et son champs. Lire cela dans les yeux de cet homme désespéré, me dévaste et je pars précipitamment.

Quelques années plus tard, je suis en Birmanie bavec ma femme. Rangoon n’est pas une ville agréable, elle est poussiéreuse, torride et humide… un type nous accoste, il est au bout du rouleau, lui non plus ne peut rentrer chez lui par manque d’argent. Je donne.

– Tu t’es fait avoir me dit Sandrine, c’est un truc pour te soutirer de l’argent.

– Peut-être, mais il avait l’air sincère… et imagine que ce soit vrai, ajoutai-je, tu te rends compte de ce que je viens de faire pour quelques dollars ? J’ai changé sa vie, réuni une famille ! De toute façon, j’avais un compte à régler avec moi-même !

 *lit fait d’un cadre en bois et dont le sommier est fait de cordes tressées)

 


Anecdote Calcutta (donner et recevoir)

Chaque pays, parfois même chaque ville possède des pousse-pousse qui leur sont propres. Dans les années 30, sous l’influence de la gauche française, les conducteurs de pousse-pousse indochinois sont passés derrière les clients qu’ils transportaient – position jugée moins humiliante. En Inde, ils sont devant les clients ; en Indonésie derrière, en Birmanie sur le côté. Mais il n’y a qu’à Calcutta qu’il reste des running rickshaws et je n’ai jamais pu m’y faire. Voir un type, la peau sur les os, courir pieds nus en tirant la charrette dans laquelle je suis assis, j’ai du mal. Dans le genre exploitation de l’homme par l’homme, on ne fait difficilement mieux. Toutefois, si on veut circuler, c’est le plus facile. Un de ces hommes-chevaux m’offrit un jour son klaxon, un grelot métallique tenu entre ses doigts par une cordelette trempée de sueur qu’il tape contre le montant du rickshaw. Je l’ai toujours, c’est un symbole pour moi.

Dans Sudder street je rencontre Gita, une petite mendiante aux longs cheveux noirs lissés à l’huile de moutarde ; c’est une jolie fillette aux traits fins, avec de grands yeux vifs soulignés de khôl. Lors d’un précédent passage, je lui avais donné un T-shirt, un peu d’argent et, à sa demande ma photo ; elle voulait m’épouser m’avait-elle dit en riant. Après l’avoir emmenée au Blue Sky Cafe pour un repas, elle me dit qu’elle aimerait m’emmener « chez elle » pour me présenter à sa famille. Chez elle, c’est la station d’Howrah, la plus grande gare de Calcutta. Il y règne une pagaille indescriptible, des centaines de personnes y dorment à même le sol au milieu des voyageurs qui courent après leur train, des vendeurs de journaux à la criée et des gamins qui pleurent… Sur de petites charrettes -véritables cuisines ambulantes- cuisent des samosas dans une huile qui n’a pas dû être changée depuis l’Indépendance.

Son papa fait la plonge dans un restaurant, sa maman s’occupe des enfants, son petit frère de sept ans livre des tasses de thé dans le quartier et les autres mendient. Je la quitte après une tasse de tchaï avec sa famille. Il fait froid. Demain je leur apporterai des couvertures.

En rentrant à l’hôtel, je vois un gars couché sur le dos en travers du trottoir, je m’approche car je ne vois pas sa tête, en fait, par une contorsion de fakir, il se l’est enterrée… il reste ainsi plusieurs heures attendant quelques roupies. 

 


Anecdote en Inde (argent) 

Je monte cette fois dans l’avion avec des sentiments mêlés ; le plaisir et l’excitation d’un nouveau voyage, de la mélancolie par rapport à ceux que j’aime et que je laisse, un peu d’anxiété aussi. En effet, il y a un mois, j’ai rencontré un homme d’affaires par l’intermédiaire d’un ami. Il a inventé un substrat révolutionnaire et très rentable pour cultiver des champignons. Il veut vendre ce procédé pour trois millions et demi de dollars. Si je réussis, je touche 10%. J’ai étudié le dossier et acheté un costume. Mes frais sont payés, je n’ai rien à perdre, tout à gagner. Mais serai-je à la hauteur ? Ma connaissance de l’anglais est-elle suffisante ? Le produit et surtout les sommes en jeu sont sans commune mesure avec ce que j’ai déjà pu vendre. De toute façon, je me donnerai à fond. Pour l’argent mais aussi pour Marc qui me fait confiance et croit en moi… J’ai 22 ans.

Je m’envole vers Calcutta. Une fois sur place, je ne trouve pas d’avion pour Delhi avant une semaine. Je prends donc le train. Dans ma hâte, je ne fais pas attention et me fais refiler des tickets de seconde classe pour la première classe payée. A cause de problèmes politiques, le train prend un retard considérable. Les Indiens sortent tranquillement et jouent aux cartes sur les bas côtés, les femmes préparent à manger ; moi je peste dans mon coin. J’arrive finalement, sale et crevé, après plus de cinquante heures de voyage.

A l’hôtel, je demande à la réceptionniste, un peu hautaine devant ma piètre apparence, si un certain Kumar Modhi avec lequel j’avais rendez-vous n’aurait pas appelé.

– Kumar Modhi, l’homme d’affaires ? me demande-t-elle interloquée.

– Oui, c’est bien ça, dis-je, surpris qu’elle le connaisse.

J’ai droit à un formidable revirement d’attitude : son air hautain se transforma instantanément en une merveilleuse déférence. J’appris plus tard que Kumar Modhi est l’un des hommes d’affaires les plus riches et les plus connus de Delhi.

Via le service commercial de l’ambassade, je sélectionnai plusieurs grosses sociétés et les contactai. Je porte toujours un petit enregistreur sur moi afin de réécouter la conversation, analyser mes points forts et faibles. Après deux mois de prospection et de négociation, je tombai d’accord avec un groupe industriel travaillant dans la construction et souhaitant diversifier son activité, le groupe Chopra. Il ne restait plus qu’à concrétiser. J’envoie un fax à Marc pour l’en informer et lui demander de venir signer le contrat. J’appelle aussi ma famille. Je suis aux anges.

Il est minuit, la journée a été bonne et je m’endors après avoir regardé Ben Hur à la télé. Je ne le sais pas encore mais dans quelques heures, je vais vivre la plus forte, la plus intense des peurs : celle de perdre la vie.

Vers 2h30’ je me réveille, bois un coup, vais en pisser un autre et me recouche. Soudain, mon lit se met à bouger, ma première idée est que quelqu’un s’est glissé dessous et je saute sur l’autre lit mais celui-ci bouge aussi. Le verre sur la table de nuit tremble, se déplace jusqu’au bord et tombe, les portes des armoires s’ouvrent, la télé bascule de son socle. Par la fenêtre, je n’en crois pas mes yeux ; le building entier balance. En bas, l’eau de la piscine fait de grosses vagues. Tout tremble, tout craque… Mon cœur bat la chamade, je sens mes genoux « faire bravo ». Je respire un grand coup pour me calmer, attrape ma money belt(1) et me précipite vers la sortie de secours. Le spectacle dans le couloir est effrayant ; ça tangue, ça craque, j’ai l’impression d’être dans un bateau en pleine tempête. Je suis au 11ème étage et dévale les escaliers trois par trois sautant les six dernières marches. Les craquements s’amplifient, je ne sais pas ce qui se passe, je sais juste que je dois sortir de cet endroit au plus vite. Je ne veux pas mourir ici, pas comme ça, pas maintenant ! Je me précipite dans la rue. A part les gens de la réception, je suis le premier arrivé en bas (normal, j’étais réveillé). Ils me confirment « earthquake, are you ok, sir ? »(2)Je suis dans le quartier des affaires et plusieurs buildings tanguent encore dangereusement, puis ça se calme. Des touristes arrivent terrorisés, certains pleurent, d’autres vomissent. 

Après une heure je regagne ma chambre, tout est fini. Pas de dégât matériel. Mais quelle trouille. En remontant j’ai une fulgurante envie de faire l’amour, j’avise une jolie Russe, je lui apporte un verre d’eau, fais le gentil mais elle ne parle pas un mot d’anglais et puis, entre les larmes et les vomissures, l’envie finit par me passer. Le lendemain, je lis le journal à la piscine de l’hôtel. L’épicentre se trouvait au Népal ; ce fut un gros tremblement de terre, il a duré 45 secondes ; on dénombre plusieurs dizaines de morts, des centaines de blessés et des dégâts considérables. J’en vécus d’autres, notamment en Indonésie. Certains me firent jaillir du lit, d’autres sortir précipitamment mais jamais la peur n’aura été aussi forte.

Marc arrive dans deux semaines ; d’ici là, je veux goûter un repos bien mérité. Je peux descendre à Goa : les filles, la plage, la fête ou aller vers le nord. Je ne connais pas encore et j’ai bien envie de respirer l’air frais de la montagne après la pollution de Delhi. J’achète un ticket de bus pour Manali.

(1) Ceinture portée contre le corps qui contient papiers et argent
(2) C’est un tremblement de terre, ça va monsieur ?

 


Anecdote à Jaïpur (les arnaques)

Je descends au sud retrouver un ami à Goa. Je m’arrête à Khajurâho; cette ville est connue pour ses temples érotiques, il y en a quatre au milieu d’un parc fleuri de bougainvilliers. Des représentations du Kâma-Sûtra y sont sculptées avec beaucoup de finesse. Après m’être baladé, je vais faire un tour dans les magasins. Je sympathise avec un vendeur, il a dix-sept ans et deux pouces à chaque main. C’est un vendeur extraordinaire, il parle trois langues, nous choisissons le français. Il m’offre un thé. Nous discutons sans façons depuis deux heures quand un couple d’Allemands entre. Mon nouveau copain essaye de leur vendre une reproduction érotique qu’il prétend « very old » ; il peine un peu car ils ont déjà acheté pas mal de souvenirs. Je lui demande en français s’il veut un coup de main, il sourit. J’engage la conversation mais ils cherchent tout à fait autre chose, le prix est élevé et il est difficile de transporter ce genre d’achat. Toutefois, je parviens à conclure la vente. Quand ils quittent le magasin, lui et ses associés éclatent de rire et m’invitent au restau à grand renfort de tapes dans le dos.

Autour d’un thali(1), nous parlons affaires, ils me proposent de leur amener des clients contre 40% de commission. Ca pourrait être lucratif mais je n’ai pas vraiment besoin d’argent et je n’ai pas envie de m’arrêter ici, je m’ennuierais vite. Arrive un Indien catholique, il me souhaite le bonsoir en français (avec « bonjour » et « merci » c’est tout ce qu’il connaît). Il m’invite à sa party pour Noël, il y aura une trentaine de moines français et autant d’Indiens francophones. Il est sympathique et je finis la soirée avec lui. Il se dit businessman et me propose de transporter pour son compte des pierres précieuses en Thaïlande. Un paquet d’une valeur de 1000 $ que je dois remettre à un de ses contacts à Bangkok. Je serai payé 2000 $ pour ce service. Il ne le fait pas lui-même, car il serait taxé à plus de 200 %. Je dois juste lui laisser mon nom et numéro de passeport. C’est trop d’argent par rapport au travail demandé ; soit il y a un risque important, soit il y a une arnaque. J’attends donc de voir ce qui va venir. « Ah oui, ajoute-t-il, il me faut 285 $ en garantie ». Ok, c’est une arnaque. Ça y est, il m’a énervé ! Alors à moi maintenant. Je me renseigne sur les risques, sur son contact, me montrant tour à tour méfiant et avide, puis je conclus en disant : « je suis ok. Voilà mon nom et mon numéro de passeport, je dois aller chercher mon frère à Jaïpur et dans trois jours, nous faisons affaire. A propos, si tu as un boulot pour lui, ce serait super ». Mmmoui, il pourra peut-être s’arranger… (c’est un homme d’affaires très occupé). Avant de nous quitter, il me demande de lui apprendre les paroles « d’Au clair de la lune ». Il voudrait la chanter à ses amis moines pour sa fête en conclusion de son discours de bienvenue (en anglais). Je lui apprends une version… différente mais non moins intéressante. L’imaginer sur l’estrade, entamant religieusement cette perle de la chanson française est un régal. Je lui écris les paroles et lui fais sévèrement travailler sa prononciation. Nous nous séparons.

– Salut, à dans trois jours avec ton frère.

– Sans faute. N’oublie pas de garder une petite affaire pour lui et… bonne chance pour demain soir. En m’éloignant, je l’entends répéter consciencieusement « Au clair de la lune comme un saligaud, j’enculais ma brune sur un tas d’fagots… » Il y aura une soixantaine de moines francophones dans l’assemblée et je vais rater ça. Quelle misère !

(1) Plat indien composé de plusieurs mets servi dans une grande assiette en fer compartimentée

 


Anecdote à Delhi (les arnaques)

Tu es français ? Tu es là depuis longtemps ? C’est un hippie d’une trentaine d’années qui s’adresse à moi. Il est maigre, les yeux rouges et cernés, le visage mangé par une barbe clairsemée, avec des dread locks crasseuses qui lui pendent dans le dos. Il s’appuie sur un bâton chargé de gris-gris et me montre sa jambe ; son tibia est enflé et purulent, il veut de l’argent pour se soigner. On lui a tout volé. Je n’aime pas sa tête, quelques chose en lui ne m’inspire pas confiance ; peut-être cette lueur dans le regard que j’ai surprise quand je lui ai dit que je n’étais là que depuis deux jours.

– Pourquoi tu ne vas pas à l’ambassade si on t’a tout volé ?

– Oh, l’ambassade, c’est tous des enculés.

J’apprendrai l’après-midi même qu’il vit ici depuis des années de mendicité et de petites arnaques pour se payer ses doses d’héroïne. J’ai conscience que je débarque et que je dois avoir l’air naïf (je le suis certainement).

Je ne me suis pas fait avoir cette fois-ci mais je devrai faire attention.

Je visite quelques monuments, quelques sites mais je ne suis pas vraiment venu pour ça. Les gens sont plutôt sympas mais collants, sans relâche ils essayent de nous vendre quelques chose, de nous attirer dans leurs magasins, « hello Sir, want change money ? Want taxi ? You want smoke Sir ? » « Have a look to my shop, very nice, very cheap » « Hey baba(1), shoe shining »? Ça n’arrête pas ! Pour l’instant je peux difficilement espérer mieux, j’ai conscience de ce que représente un Occidental dans un pays pauvre, il est normal que j’attire un essaim de parasites. Les enfants sont beaux, sales et attachants. J’ai une fois donné une pièce à l’un d’entre eux et fus immédiatement assailli par une quinzaine de gamins, ils prirent mes mains les placèrent sur leur front, d’autres mettaient leurs fronts sur mes chaussures, dans l’espoir eux aussi de recevoir quelque chose. Je me promène partout, goûte à tous les plats, pose des millions de questions. Ce pays est fascinant.

Nous voulons partir pour Katmandou car bientôt il fera trop froid pour partir en trek ; on a rencontré un type très prévenant –un Iranien- qui travaille à l’aéroport, il peut nous avoir des billets d’avion moins chers, on va également changer de l’argent au noir avec lui. Depuis le premier jour, tacitement, mes trois compères rencontrés dans l’avion s’en remettent à moi dès qu’il s’agit de marchander ou de discuter. Ils me confient donc leur argent pour régler les opérations de change. Je ne suis pas à l’aise, j’ai sur moi 2000$ qui ne m’appartiennent pas. Je les change après bien des marchandages à un taux 30% supérieur à celui offert par la banque. La transaction faite, je trouve que les palabres s’éternisent et je plante tout le monde en sautant dans un rickshaw. Peut-être est-ce de la parano mais je préfère être prudent.

Quelques jours plus tard, notre « ami » iranien essaya de nous arnaquer, il voulait l’argent à l’avance pour les tickets d’avion, méfiant j’ai refusé de le lui donner. Il a quand même réussi à nous extorquer quelques centaines de roupies pour un soi-disant télex. Je l’ai cherché partout dans le quartier bien décidé à récupérer l’argent mais il avait disparu. Je l’ai revu à deux reprises quelques années plus tard dans d’autres pays. Lui ne m’a pas reconnu. A Bangkok, je lui ai fait rater une belle arnaque en avertissant discrètement ses victimes, deux Japonaises qui allaient lui acheter pour plusieurs milliers de dollars de fausses pierres précieuses. Je me rendrai compte que les routes sont jalonnées de types de son espèce, des arnaqueurs à la petite semaine qui cherchent à extorquer quelques dollars à de jeunes voyageurs naïfs.

(1) Monsieur

 


Anecdote à Calcutta (la corruption)

A peine ai-je récupéré mes bagages que les problèmes commencent. Quand on arrive de Bangkok à Calcutta on est presque toujours fouillé en raison des nombreux trafics entre les deux pays. Le douanier découvre dans mon sac à dos les trois appareils photos plus deux en bandoulière que j’ai achetés à Singapour (dont j’ai envoyé les boîtes avec les garanties à mon hôtel à Bombay).

– Vous n’avez pas le droit de revendre ces appareils photos en Inde.

– Mais ce n’est pas mon intention, je suis journaliste et fais un reportage sur l’Asie, je termine avec l’Inde… le plus beaux. (dès qu’on parle de mother India à un indien, il à la larme à l’œil). Je lui sors ma fausse carte de presse (made in Bangkok) certifiant que je suis journaliste free lance.

Au guichet voisin, chaque Indien donne en passant un billet au douanier. Je note un détail amusant : son pantalon blanc immaculé est tout noir à l’entrée de sa poche droite où disparaissent rapidement les billets. Mon douanier revient à la charge.

– C’est très compliqué vous savez, il va falloir que vous restiez à l’aéroport le temps que nous fassions une enquête, ce sera difficile mais je vais essayer de vous aider. J’aime leur subtilité, on ne les voit pas du tout venir. Comme je ne bouge pas, il ajoute « peut-être pourriez-vous me donner quelque chose pour nos frais administratifs ? »

– Malheureusement on m’a tout volé, j’ai juste de quoi payer le train jusqu’à Bombay où m’attend mon collègue… je peux vous donner dix roupies si vous voulez, c’est tout ce que j’ai. Il se raidit.

– Ce n’est pas possible, il me faut au moins cinquante dollars.

– Dans ce cas, je ne peux pas vous aider, je vous laisse faire votre enquête.

Comme je ne montre aucune appréhension et lui fais voir que j’ai tout mon temps, il me laisse finalement passer en grinçant des dents. Il inscrit à côté de mon visa que je suis entré avec cinq appareils photos. Il croit m’avoir coincé mais je l’avais prévu, chaque chose en son temps. Je passe ensuite au bureau de change de l’aéroport et change dix dollars, l’employé me regarde l’air dépité.

– C’est tout ?

– Oui, j’ai juste besoin de quoi payer le taxi, je changerai le reste au noir, lui dis-je avec un grand sourire accompagné d’un clin d’œil.

 


Anecdote en Inde (la corruption) 

En 89, j’étais à Goa en Inde, je souhaitais prolonger mon visa de trois mois qui arrivait à expiration. Je me rends donc à Bangalore au bureau de l’immigration. j’y trouve plusieurs Occidentaux, souvent des hippies, attendant leur visa. Dans les bureaux, des fonctionnaires s’affairent -au rythme local- à coups de tampons à côté d’une pile de passeports. Je discute avec un Français qui vit en Inde depuis longtemps mais qui a toujours du mal avec l’anglais ; je l’aide à remplir son formulaire. Il me montre trois touristes assis par terre et me dit « tu vois ces trois-là ? Ca fait une semaine qu’il sont ici ; ils refusent de payer par principe. Il faut mettre dans ton passeport le prix du visa et y ajouter 200 roupies. Dès que les agents le reçoivent, ils l’ouvrent et te mettent au-dessus de la pile, sinon, tu vas en dessous. De toute manière, quand celui d’un des trois touristes intègres arrive enfin au-dessus de la pile, voyant qu’il n’y a pas d’argent dedans, ils le remettent en dessous ! Les fonctionnaires ne sont pas pressés et les trois touristes ne sont pas sortis de l’auberge ! Je paye et le lendemain matin, je rentre à Goa. Eux étaient toujours là.