Genèse d’un livre

De la genèse d’un livre à sa publication

En 1998, je vivais à Java. Nous avions monté, ma femme et moi une fabrique de meubles, nous voyagions encore pas mal mais avions une maison, un travail et menions une vie stable.

Mémoires de voyagesUn jour, tombant sur l’un de mes carnets de voyage, je constate que l’encre avait pâli. D’ici quelques années elle aura complètement passé et ces souvenirs, consignés avec tant de soins, seront perdus.

 

Genèse d'un livre - Inspiration culture renseignements informationJe décide de tout mettre sur ordinateur. Vaste entreprise : j’ai une dizaine d’années de voyage à transcrire et ne savais pas me servir d’un ordinateur. Je trouve deux étudiants sympa à l’Alliance française de Yogyakarta prêts à faire le travail.

Il leur a fallu un mois de travail pour venir à bout des carnets ; en effet, je écrivais plutôt « sur le vif » : dans une jeune garçon écrivainpaillote sur une île thaïlandaise, sur les bords d’une rivière dans l’Himalaya, dans la jungle birmane ou encore dans une gargote en Inde entre deux voyages en bus… J’écrivais quand j’en ressentais le besoin.

Il me fallut plusieurs mois de travail pour transformer cette écriture télégraphique en un texte construit. Je voulais garder intact le fond, mais devais revoir la forme. Je me suis pris au jeu et l’idée de garder une trace pour moi, ma famille, mes amisDans la tête d'un écrivain - brouillon s’est imposée. J’ai opéré des regroupements par pays, puis j’ai enlevé le superflu :  j’ai dû me rendre une quinzaine de fois en Inde pour des séjours allant de deux semaines à six mois, une trentaine de fois en Thaïlande, presque autant en Indonésie… vous imaginez bien que je n’ai pas vécu des choses palpitantes à chacun de mes passages !

 

L’idée du livre

L’idée d’en faire un livre et d’être publié est venue plus tard. Ce sont mes parents, en visite en Indonésie qui m’en ont suggéré l’idée.

Les paroles s'envolent - Les écrits restent

Un jour, au bord d’une piscine, mon père me dit « tu as eu une vie intéressante, passionnante, même. Il t’est arrivé plus de choses en dix ans qu’à la plupart des gens en trois vies… je suis sûr que cela intéresserait des parents qui comme nous se sont fait du souci en voyant leur enfant prendre un chemin différent ». Il boit une gorgée de jus de papaye et reprend « je pense aussi que pas mal de jeunes y puiseraient une certaine force à lire la manière dont tu t’es débrouillé ».

Dès lors, la manière de travailler a évolué, j’ai dû opérer un tri parmi les aventures qui me sont arrivées car la vie en voyage est infiniment plus riche que la vie « rangée » : chaque jour apporte son lot de surprises, de paysages, de nouveautés architecturales ; les rencontres avec les habitants me découvraient de nouveaux horizons.

J’ajoutai deux ou trois anecdotes que j’avais volontairement omises dans mes carnets (dont le danger ou la violence aurait terrifié mes parents qui les lisaient et que je savais déjà suffisamment anxieux à chacun de mes départs).

Ecrire un livre - trouver des idées

Nous sommes rentrés en 2004 et nous sommes installés à Toulouse ; nous ouvrîmes un magasin de meubles et, malgré le travail, je trouvais toujours un peu de temps pour l’écriture. N’ayant aucune formation littéraire, je pus compter sur l’aide de mes parents et de ma femme pour des relectures sans complaisance. J’appris à alléger un texte, à supprimer les adverbes et adjectifs qui l’alourdissent sans rien lui apporter. J’aimais ce travail qui m’apprit beaucoup sur le plan personnel ; j’appliquai cela plus tard lorsque je dus rédiger des articles publicitaires : aller à l’essentiel, ne pas se perdre dans le superflu. J’avais élagué mon texte à la hache puis à la machette, j’entamai le travail au couteau puis au bistouri jusqu’à obtenir un travail qui me satisfît.

Il n’est pas aisé d’écrire une autobiographie, on est
tenté de mettre du bon, du bon et du bon… mais ce n’est pas ça !

Aventure jungleLorsque je ne pus plus rien apporter au livre, je sélectionnai une quinzaine de maisons d’éditions susceptibles d’être intéressées. J’envoyai mes manuscrits et attendis la réponse. Je fus déçu des retours ; je précisais toujours que si le manuscrit ne leur convenait pas, je serais très intéressé par leurs critiques qui me permettraient de progresser. Après des mois d’attente je recevais chaque fois la même réponse : « nous accusons bonne réception de votre manuscrit auquel nous avons accordé toute l’attention qu’il mérite, malheureusement, il ne rentre pas dans notre ligne éditoriale. Souhaitant à votre projet tout le succès qu’il mérite… ». J’avais pourtant soigneusement choisi mes maison d’édition !

Recevant des milliers de manuscrits, je comprends qu’ils aient une réponse

Citation écrivain

standard. Ce qui m’a le plus déçu, c’est que mes manuscrits n’avaient pour ainsi dire jamais été ouverts (je le voyais aux pliures de la couverture) seule la page A4 de présentation avait sans doute été lue ! L’explication me vint d’un ami journaliste et rédacteur de plusieurs livres : « l’édition est un commerce comme un autre, il y a des règles de gestion, de rentabilité : ils savent d’expérience qu’ils vendront –disons 2% de livres de voyage, 12% de romans d’amour, 34% de livres policiers, etc. Si au moment où tu as présenté ton livre les quotas de l’année étaient atteints, ils te refusent et ne perdent pas de temps ; renvoie-le d’ici quelques mois, il passera peut-être ».

Je n’en avais plus envie. Après tout, ce livre je l’ai écrit d’abord pour moi et mes proches, l’idée de la publication était une cerise sur le gâteau.

Une maison d’édition accepta de me publier mais se retira lorsque je leur appris que je n’étais membre d’aucune association de voyageurs. Je le conçois, c’est un tremplin promotionnel non négligeable. Après tout, ils prennent un risque en me publiant et souhaitent le limiter au maximum. Je ferais sans doute de même à leur place.

Je décidai d’en faire imprimer une trentaine d’exemplaires en Indonésie à compte d’auteur pour les offrir à mes proches. L’amie que j’avais chargée de cette tâche me « Skype » un matin pour me dire qu’ils sont prêts, que mon associé peut venir les chercher et les mettre dans mon prochain container de meubles.

Une heure plus tard, arrivé à mon bureau, j’ouvre mon ordinateur et tombe sur le mail de Chloé des Lys -une maison d’édition belge dont je n’avais pas eu de nouvelles et en avais déduit un refus. Ils sont intéressés mais me demandent de corriger des fautes notamment de concordance des temps (je vivais depuis des années à l’étranger en pratiquant l’anglais, le thaï ou l’indonésien qui ignorent ces subtilités compliquées de la langue française) !

Yes ! Oui massif

C’est comme ça que je fus publié et qu’une nouvelle aventure commença !