À la rencontre des femmes girafes en Birmanie

“Nous voulons finir le voyage dans l’Ėtat Kayah, au sud du pays, ouvert seulement depuis un mois. Il est encore difficile d’accès, c’est làque vit l’ethnie des Padaung : les femmes girafes, je voulais en rencontrer depuis des années. Il y en a en Thaïlande mais elles ont été « importées » et sont tenues quasi-prisonnières et exposées comme des monstres de foire à la curiosité des touristes ; un juteux business organisé par l’armée et les flics locaux. Naturellement, je me suis toujours refusé à y aller.

Ce qu’ils appellent des bus ici, ce sont des pick-up bâchés : deux bancs de bois placés de part et d’autre des roues entre lesquels est entassé un fatras de valises, de caisses, pneus et autres objets divers et volumineux. Pour une raison incompréhensible, les départs se font toujours à 3 ou 4 heures du matin… Durant quinze heures, nous envions les sardines, installées comme des reines dans leurs boîtes. Ces taxis-bus se traînent sur des routes défoncées, s’arrêtant plus souvent pour embarquer des gens que pour en débarquer, les derniers s’accrochent comme ils peuvent à l’extérieur. A chaque secousse nos têtes heurtent l’armature métallique du toit. Le voyage a été un enfer. Nous arrivons pliés, écrasés, épuisés. Heureusement, l’hôtel de Loiko est agréable (il n’y en a qu’un de toute façon).

Le lendemain, dépliés et réparés, nous partons à la recherche des femmes Padaung. Nous atteignons leur village vers midi. Tout est calme, le soleil est au zénith. L’air semble suspendu ; deux chiens aboient mollement à notre passage. Un chemin de terre sépare quelques maisons en bambou sur pilotis, des poules se promènent librement en picorant ici et là entre les bananiers. Un cochon rafraîchit son gros ventre dans une mare de boue.

Devant une maison, une femme assise à même le sol tisse une large couverture colorée. Nous la voyons de dos ; elle n’a aucune carrure, son cou d’une trentaine de centimètres est maintenu par une spirale de cuivre. Elle a un sourire poli quand elle nous voit, puis se remet à son ouvrage. Une autre descend les marches de sa maison. Elle est âgée et a les dents noires de betel. A leur façon de marcher et de bouger, on dirait des « E.T. » Elles portent des vêtements de couleurs vives, tissés à la main et de jolis bijoux.

Malheureusement, elles veulent de l’argent pour être photographiées, j’ai toujours refusé par principe toutefois, je trouve normal qu’il y ait un échange et propose comme chaque fois de leur envoyer les photos (ce qui en général les ravi). Mais ici, il n’y a aucune chance que la poste passe ; elles le savent. C’est le début de la fin. Beaucoup de gens, par ignorance, payent des sommes disproportionnées.

Toutou, le garçon gérant du guest house, qui nous accompagne nous dit qu’un Américain, il y a quelques jours, a payé deux dollars par photo. Elles n’en gagnent pas cinq par semaine en travaillant dur dans les champs. Les touristes sont encore peu nombreux mais bientôt, elles seront complètement déstabilisées à cause de l’argent facile et enviées des autres. Les mères mettront des spirales à leurs petites filles et ce ne sera pas par souci de la tradition.

Quoi qu’il en soit, nous avons bien ri avec elles. C’est toujours la même chose, il faut établir un contact pour dépasser cet horrible « Hello, clic-clac, dollar, bye bye » et puis on n’est pas au zoo. Après avoir un peu discuté avec une gentille grand-mère, je lui montre mon appareil photo ; concentrée, la main sur un œil, elle regarde ses petits enfants perchés sur une barrière à quelques mètres de là. Lorsque j’actionne le zoom, croyant que ceux-ci se jettent sur elle, elle recule brusquement en agitant les bras devant l’objectif comme pour se protéger.

J’avais lu que le poids des anneaux pouvait atteindre une vingtaine de kilos et rabaissait les clavicules, ce qui donnait seulement l’illusion d’un long cou. Mais le lendemain, sur les bords de la rivière, nous vîmes deux femmes assises sur un rocher. Ma première impression fut que quelque chose de noble se dégageait de leur personne. En regardant mieux, je vis qu’elles s’étaient débarrassées de leurs anneaux pour les frotter dans la rivière avec des herbes. C’est leur long cou blanc qui donnait cette impression de noblesse. Ce n’est pas la première fois, en voyant certaines peuplades reculées et hors du temps, que j’ai le sentiment d’être un témoin de l’histoire. »

Extrait du livre “Et si c’était mieux là-bas”

Il existe plusieurs légendes concernant l’origine de ces colliers. Tout d’abord, ils sont l’identité culturelle de cette ethnie et embellit ces femmes. Elles auraient commencé à les porter depuis des générations dans le but de se protéger des morsures des tigres. On dit aussi que ces colliers leur donnent une ressemblance avec un dragon, figure importante du folklore Kayah. En effet, les deux fils qui sortent du collier représenteraient les moustaches du dragon.

Retrouvez tous mes voyages dans mon livre « Et si c’était mieux là-bas ».