Laos, pays au million d'éléphant

Le pays au million d’éléphants : le Laos

Au Sud-Est de l’Asie se trouve un pays traversé par le Mékong et réputé pour son terrain montagneux, son architecture coloniale française, ses monastères bouddhistes etc… Ce pays se nomme le Laos ou autrefois appelé le pays au million d’éléphants.

Extrait du livre « Et si c’était mieux là-bas » ?

« Quand les Français arrivèrent ici, le pays s’appelait Lanexane Laos roquet   (pays au million d’éléphants.) Le nom « Laos » vient du pluriel français de Lao en référence aux nombreux royaumes qu’il y avait alors. Les gens du pays disent « Lao » ; l’adjectif est également « lao ». Comme au Vietnam, on trouve ici baguettes et croissants. Il y a aussi un nombre incroyable de pharmacies et de sociétés d’import-export. Les vestiges de la guerre sont encore très présents : de vieilles plaques de désensablement américaines servent de haies à de nombreuses maisons. Des roquettes évidées sont devenues des pots de fleurs… 

En 1962, alors qu’une occupation communiste se dessinait au Laos, Kennedy émit l’idée d’une intervention. Une conférence internationale se tint à Genève et les pays participants signèrent un accord selon lequel le Laos resterait neutre. Pourtant jamais pays n’aura autant mérité le surnom d’échiquier : au plus grand mépris de l’accord signé, les Etats-Unis, le Nord Vietnam et la Chine posèrent, déplacèrent et y firent sauter leurs pions. Comme toute présence militaire y était interdite, la CIA -dans la plus importante opération paramilitaire jamais entreprise- entraîna et équipa une armée clandestine constituée d’ethnies des montagnes, principalement des Hmongs.

Supportée par des officiers de l’armée de l’air qui opéraient sous couverture civile, la CIA créa « Air America » une compagnie aérienne « civile ». De 1964 à 1973, il y eut au Laos l’un des plus gros trafics aériens au monde. Plus de cinq cent quatre-vingt mille vols meurtriers furent effectués : un bombardement toutes les huit minutes pendant neuf ans dans le plus grand secret.

Sur le chemin du retour, les avions revenaient les soutes pleines d’opium avec l’accord plus ou moins tacite de la CIA…

[…]

Luang Prabang est un petit paradis calme et vert, pour ainsi dire luang prabang laossans voiture ; la rue principale est bordée de frangipaniers et de belles bâtisses coloniales construites sous le protectorat français. A quelques pas seulement on retrouve la campagne lao avec ses charmants villages aux maisons de bois montées sur pilotis, ses mares couvertes de lotus et de liserons d’eau. Partout des moines en robe safran déambulent dans les rues ou psalmodient à l’ombre d’un banian (un arbre considéré comme sacré : Siddhârta aurait trouvé, sous son feuillage, l’Illumination pour devenir Bouddha)

Le Wat Xieng Thong est un somptueux monastère construit au XIVe siècle, c’est le plus beau temple que j’aie jamais vu. Les toits Temple wat xieng thong Laosincurvés semblent caresser le sol et les portes sculptées sont dorées à la feuille d’or. L’intérieur est tout aussi délicat, les murs sont couverts de motifs harmonieux, réalisés à la feuille d’or.

Au marché de Luang Prabang, on trouve de tout : serpents, tortues, insectes divers, œufs de fourmi… la nourriture est variée. Il y a aussi des balances à opium enfermées dans un étui de bois en forme de guitare. J’observe deux vieilles dames en costume traditionnel lahu qui pèsent tranquillement un morceau d’opium à l’aide de petits poids en forme d’oiseaux; elles surprennent mon regard incrédule et s’en amusent. Des marchandes yaos avec leurs bébés rieurs coiffés d’un bonnet à pompons, accrochés à leur dos sont assises à côté de Hmongs aux lèvres rougies par le bétel devant les étals de légumes posés à même le sol. On s’offre pour une poignée de kips (monnaie lao) de la soie sauvage aux dessins géométriques, magnifiquement tissés, de vieilles pièces de monnaie du temps des colonies, le tout dans des effluves de soupe à la citronnelle et à la coriandre qui mijotent sur des réchauds. Ici règne la philosophie du bo pen niang (ce n’est pas grave), qui fait des Lao un peuple indolent, souriant et pacifique ; sans doute l’un des plus doux au monde.

Nous partons ce matin avec un long bateau à moteur jusqu’aux grottes de Pak Ou. Circuler sur le Mékong permet d’admirer de magnifiques paysages dans une atmosphère sereine. Parfois un speed boat vient briser cette quiétude ; ce sont de petits bateaux pneumatiques qui transportent une demi-douzaine de passagers, chacun assis, genoux repliés sur la poitrine, avec casque et gilet de sauvetage. Ils foncent à une quarantaine de km/h.

Laos grottes de Pak OuLes grottes de Pak Ou se trouvent dans une falaise le long du Mékong. Nous y accédons par un escalier creusé à même la roche. En Asie, on dit « une statue de Bouddha, c’est beau, deux statues de Bouddha, c’est deux fois plus beau, trois… » Dans cette grotte, j’en découvre mille, certaines très anciennes en bronze, en pierre mais la plupart sont en bois dorés à la feuille d’or. C’est magnifique, mille fois beau. Ils ont une représentation du Bouddha qui n’existe nulle part ailleurs : debout, épaules droites, bras le long du corps, les lobes des oreilles allongés, les sourcils arqués et le nez aquilin : c’est la position dite de « l’appel de la pluie ». Sur les routes poussiéreuses, les gamins nous saluent de joyeux sabaidee falang. (Bonjour étranger). Chaque village possède son terrain de pétanque. On nous invite toujours à boire le thé, partager quelques patates douces…

Non loin de Vientiane, il y a un lac artificiel ; les besoins en électricité toujours plus importants de son riche voisin thaïlandais ont nécessité d’inonder une vallée. Plusieurs villages construits en bambou se sont établis autour. J’en traverse un, deux puis trois, tous sont semblables : pas d’électricité, paradoxalement, des odeurs appétissantes s’échappent des quelques gargotes. Devant une cahute aux planches disjointes avec un rideau rose embroché sur un fil de fer, quelques filles trop fardées discutent en attendant le chaland. Je trouve l’atmosphère bizarre ; c’est pauvre mais je repère quelques gros 4X4 rutilants et de gros camions chargés de bois.

On dirait un de ces villages de chercheurs d’or ; les gens ont l’air dur, certains sont armés, d’autres mieux vêtus semblent être des négociants. La dame qui me sert un plat de nouilles sautées m’explique le village en me disant d’observer le lac : au centre flottent quelques barques sur lesquelles des scaphandriers s’apprêtent à descendre. Ce sont des bûcherons sous-marins. Ils descendent couper des essences nobles, teck, camphrier, acajou… restées au fond. De temps en temps, dans un grand bouillonnement, un arbre jaillit de l’eau, droit, comme soulevé puis retombe lourdement dans un grand fracas avant d’être remorqué sur la berge. »

Retrouvez tous mes voyages dans mon livre « Et si c’était mieux là-bas ? ».

La totalité des ventes du livre est reversé à un projet humanitaire mon association Kayumanis.